Une des nombreuses écrivaines du dix-neuvième siècle dont le nom est tombé dans l'oubli, Sophie Doin a produit plusieurs ouvrages dignes d'attention sur la condition des Noirs sous l'esclavage. Présentés dans ce volume, ils incluent La Famille noire (1825) et trois nouvelles tirées de Cornélie, nouvelle grecque, suivie de six nouvelles (1826) : Blanche et Noir, Noire et blanc et Le Négrier. Pour franchir le mur d'indifférence qui se dresse devant le public français des années 1820, Sophie Doin a recours à la littérature et met ainsi son art au service d'une cause sociale qui dénonce le trafic négrier. Ses ouvrages littéraires sensibilisent ses lecteurs au problème de l'asservissement des Noirs et les préparent peut-être ainsi à accepter l'émancipation éventuelle des esclaves. Doin aborde souvent les problèmes causés par l'esclavage en termes de leurs effets sur les femmes noires aussi bien que sur leurs enfants et leur famille. Comme d'autres écrivaines, anglaises et américaines autant que françaises, qui se préoccupent de la condition des Noirs -Aphra Behn, Germaine de Staël, Olympe de Gouges, Claire de Durfort, duchesse de Duras, George Sand, Harriet Beecher Stowe-Sophie Doin se montre moins encline que des auteurs de sexe masculin à mettre l'accent sur la violence perpétrée par les esclaves, sur la destruction des biens des Blancs ou sur la rivalité entre Blancs et Noirs. Au contraire, les femmes noires que Sophie Doin décrit sont des participantes engagées dans les drames coloniaux et font preuve de courage, de résolution et de force physique et morale.