Nous sommes à l'orée du 3e millénaire, quelque part dans un vague terrain de banlieue méditerranéenne : Paradis Park.
Un arbre chétif, le jujubier, s'étiole : sa seule distraction, c'est Fausto qui vient là promener son chien Ariel tous les soirs à la nuit tombée. Ariel pisse avec application sur l'arbre et s'endort enroulé tendrement autour du tronc fragile tandis que Fausto, lui, réfléchit dans le noir ; il mène une vie solitaire, s'entraîne pour devenir champion de boxe. Il est noir.
Ce jour-là, les surprennent deux anges fugueurs : Orfeo, l'ange-nain bavard, rieur, batailleur, cruel et drôle ; il n'attend qu'un signe pour décocher ses flèches d'amour. L'accompagne Izé, l'ange au féminin.
Tous les deux se sont échappés de la Divine Comédie, profitant du chaos d'une bataille céleste. Ils n'ont plus d'annonces à faire passer aux hommes, ni de héros bibliques à guider, ni d'amours mythiques à initier. Un désir inavoué les anime : partir à la rencontre des hommes réels, se prendre au vertige de l'amour humain, se noyer dans les délices de la mortalité, sentir le temps passer, guetter les premières rides sur leurs fronts, s'étonner des premiers pincements du plaisir et de la tristesse.