Le Bloc-notes de Mauriac pèsera sans doute aussi lourd dans la destinée posthume de l'écrivain que ses romans les plus célèbres, dont Thérèse Desqueyroux et Le Nœud de vipères. Document, à ce titre, capital et indispensable à l'historien comme au critique littéraire.
Cet essai entend être une lecture intériorisée de ce vaste ensemble dont l'hétérogénéité n'est qu'apparente. Car le Bloc-notes, en définitive, présente une indéniable unité. Et cette unité, c'est le temps qui la tisse et qui la crée. Cette lecture se veut, aussi, attentive à ce qui aura été la quête ultime de Mauriac : la soif d'un bonheur jamais atteint, toujours à découvrir. Le Temps, certes, est notre maître, pense Mauriac, mais nous pouvons parfois en infléchir le cours. Ainsi, face aux drames qui ont ensanglanté l'époque contemporaine, se lève un jour, comme une immense protestation lancée à la face de l'Histoire, un homme providentiel. Pour Mauriac, cet homme fut de Gaulle.
Dimension historique du temps, qui ne doit pas faire oublier celle d'un temps vécu, intérieur. Pour l'écrivain, le temps n'est jamais un temps définitivement perdu dans la mesure où la page blanche est gage potentiel d'éternité. Mais, chez Mauriac, l'artiste s'efface toujours devant le croyant. Sa foi est une foi agissante. Le Bloc-notes est le vibrant témoignage d'un chrétien engagé dans les luttes de son temps. Son secret : avoir mis à jour, sous les oripeaux du temps, la face latente d'une éternité en marche.