De Gaulle, président de la République depuis 1958, lance le 16 septembre 1959 la formule de «l'autodétermination de l'Algérie». Les nostalgiques de «l'Algérie française» en restent abasourdis !
Pour autant le prince n'entend pas que des manants le précèdent sur ce chemin. C'est cette année-là que la police va réprimer ce réseau de soutien au F.L.N., constitué de Français de la «métropole», qu'avait créé Francis Jeanson.
Suzanne Gerbe est l'une de ces «porteuses de valises». Elle raconte ici sa double vie d'alors, comment, sage professeur au lycée Morel, elle rendait d'éminents services à ces Algériens que la police recherchait. Elle raconte aussi cette expérience à laquelle rien ne destinait cette mère de famille modèle : la prison !
Elle le fait avec simplicité, ne se considérant pas comme une héroïne, elle qui n'avait agi que pour rester en accord avec ses convictions, des valeurs que tout le monde, ou presque, dit partager - la solidarité avec les opprimés, le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes, le refus de la torture dénoncée dès 1955 par François Mauriac et Claude Bourdet - mais que bien peu osent mettre en œuvre quand il peut en coûter.
Son témoignage n'est pas seulement une page d'histoire, il a valeur morale, il montre comme il est aisé au fond d'être courageux : il suffit d'être soi-même et de savoir désobéir.
Ainsi devient-on insoumis.