La Passion de la raison a voulu suivre l'oeuvre de Simone Weil
sur l'étroite ligne de crête où elle s'avance, dans la jonction des
contraires.
Le volume réunit, à l'enseigne de l'«amour divin», la «douleur
christique» et la dynamique du questionnement, un ensemble
d'études qui s'emploient à rendre compte du cheminement de
Simone Weil dans les différents domaines qu'elle traverse avec une
égale fulgurance. Cheminement nourri tant par les philosophies
égyptienne, indienne, grecque, biblique que par la volonté d'être
présente à tous les combats, que ce soit celui de la condition ouvrière,
celui des républicains espagnols contre le franquisme, celui de
la seconde guerre mondiale puis de la Résistance française lors de
l'Occupation. Que ce soit, surtout et superlativement, le combat
qu'exige une quête mystique, ardente et réfléchie.
La Passion de la raison explore «La Porte du transcendant»
dans l'oeuvre de Simone Weil, tout en interrogeant une pensée en
gestation, une écriture en travail, bref, une méthode qui est une
langue et qui prend tous les risques de l'«inexprimable».
Les textes de Robert Chenavier, Eberhard Gruber, Wanda
Tommasi, Federica Negri, Mireille Calle, Susanne Sandherr,
Gabriella Fiori, André A. Devaux, Domenico Canciani, Rolf Kühn,
Michel Narcy et Marie-Odile Germain, sondent l'ambivalence
d'une oeuvre tendue entre philosophie politique, philosophie spéculative,
raisonnement théologique, où l'exigence éthique ne va pas
sans la puissance de l'attente et de la promesse.
Comme si, pour Simone Weil qui se tient aux bords de la perte,
écrivant chaque jour une oeuvre dont la majeure partie sera publiée
posthume, la scène de l'être était par excellence cette scène de la
grâce : «Quand on désire du pain, on ne reçoit pas des pierres».