Des lettres de poilus ! Encore et toujours... Mais que peut-on
donc aujourd'hui espérer trouver de nouveau dans pareille correspondance
?
- D'abord, la qualité de son auteur. Avoir 18 ans, être un brillant
élève qui vise l'École Polytechnique, être passionné de littérature au
point de glisser dans son paquetage un cahier de ses poésies favorites,
se porter volontaire pour donner à son pays le meilleur de sa jeunesse,
n'avoir que ses parents pour attache, entreprendre, tout au long de plus
de 500 lettres, de leur raconter «sa» guerre au quotidien, avec un
humour certain, quelquefois même au mépris de la censure, ce n'est
déjà pas si banal.
- Être envoyé au front et, en cours de route, avoir l'idée d'acheter
un appareil de photo, de fixer en images les scènes les plus réalistes de
la vie des tranchées, des combats, des réglages de tir sur «le boche»
que l'on peut suivre à la jumelle, confier ses clichés à ses parents
comme autant de «documents qui auront un jour beaucoup de
valeur», c'est faire preuve d'une étonnante prémonition de l'importance
de ce témoignage.
Il est vraiment unique de pouvoir revivre aujourd'hui, au jour le
jour, racontée et en même temps illustrée de photos personnelles, cette
guerre atroce, que, pudiquement, on baptisera plus tard «grande» ou
«mondiale».