Le projet du présent volume est de repenser la question de la
représentation, en littérature et dans les arts, pour déboucher sur l'élaboration
d'une théorie ainsi que sur la production d'une nouvelle méthode d'analyse
des oeuvres littéraires ou artistiques.
On parle de représentation : que s'agit-il, pour l'artiste, de représenter ?
Le réel, médiatisé par des codes successifs qu'il s'agit de faire jouer ou de
contourner. Or le réel s'avère incompréhensible et brutal. L'incompréhensible
est donc inhérent à toute oeuvre véritable, laquelle résiste, en retour, à
l'interprétation. Un roman, un poème, un tableau, ne se prêtent en effet que
rarement à leur complète intelligence finale par le lecteur ou le spectateur.
C'est cette résistance qui mobilise les différentes approches critiques. Mais
celles-ci, en s'empressant de résoudre l'incompréhensible par le
déchiffrement, ratent l'essentiel. L'originalité de ce livre consiste à
au contraire l'incompréhensible en soi. Face aux apories herméneutiques, à
privilégier la résistance de l'oeuvre. Par un renversement de perspective, on
s'est intéressé au défaut de prise sur le sens, au lieu de tenter de le résorber.
Ainsi conçu, l'incompréhensible devient une catégorie opératoire. Il est "ce
qui cadre, sans être cadré". De plus, il ne s'actualise pas de la même façon
selon les époques. On pointe le moment historique où il glisse du discours à
l'image, permettant ainsi à la brutalité du réel d'advenir à la représentation.
Paradoxalement la véritable dynamique d'une oeuvre naît de son
incompréhensible, éternel revenant qu'aucun type de critique ne saurait
parvenir à conjurer définitivement.