Derrière la putrescence, l'évanescence des choses, la
décomposition organique de l'instant, il y aura toujours un
chemin pour le poème : là où il se trouve, persistera l'écho
d'une vibration.
Le poème saisit dans sa lumière des fragments d'histoire
qu'il fait ressurgir à l'anfractuosité de nos blessures et de nos
rêves. Il boit le temps et nous le restitue à travers les mailles de
la sensation. Il transforme en or ce qui a été produit par le
mouvement. Gardien des destinées, il creuse un passage pour
l'éphémère et conduit ce qui est amené à disparaître vers un
lieu de rayonnante éternité. C'est l'arbre jailli des profondeurs
de l'inconscient où des appels se nidifient.
Les personnages de Genet, émergeant de leur sépulcre, lui
ont demandé d'accueillir et de poursuivre le climat de leur
aventure intérieure.
Des drames, des situations sont ainsi filtrés et mis à
l'épreuve de sa clairvoyance tels des joyaux avivés dans leur
nuit. Un ensemble de tableaux les annoncent et forment la pâte
idéale d'une révélation. Je voulais que l'éclat d'une beauté
précaire aimante le corps et le regard du lecteur sur un trajet de
révolte qui est aussi une quête fondamentale de liberté.
Car c'est à mon sens dans les mutations du réel, sa
transformation substantielle, que s'opère la vérité de la
représentation poétique, ce qui constitue sa force et son unicité.