Le Havre et Southampton, villes portuaires situées de part
et d'autre de la Manche, présentent des caractéristiques
géographiques, démographiques, sociales proches inscrites
dans une histoire comprenant de nombreux points communs. Il
est donc possible de les comparer, à la lumière des mutations
économiques qu'elles connaissent à partir du milieu des années
70. Comment réagissent les acteurs économiques et politiques
locaux face à la dégradation du niveau d'activité et aux
nécessaires reconversions industrielles et portuaires ? L'étude
des projets locaux d'infrastructures constitue un test
significatif : opérations d'interface ville-port, construction de
réseaux routiers et de ponts, en particulier le pont de
Normandie, aménagements commerciaux à Southampton et
création d'une université au Havre. Durant vingt ans, donc sur
une période suffisamment longue pour analyser les réactions
dans la durée, ils mettent aux prises tous les acteurs : autorités
portuaires, instances politiques locales, institutions consulaires,
monde de l'entreprise. Pourtant si certaines opérations sont de
même nature, notamment les aménagements des interfaces
ville-port, les différences de choix ne tiennent pas seulement
aux contextes propres à chaque lieu. Elles trouvent davantage
leurs sources dans la prise de conscience des problèmes, le
mode de représentation qu'en ont les acteurs et les mécanismes
de prise de décision. Les relations entre les institutions locales
et l'État évoluent différemment, les statuts des autorités
portuaires et consulaires divergent. Mais l'analyse doit surtout
porter sur les oppositions de logique entre les acteurs. Alors
apparaissent des configurations contrastées, faisant apparaître
un processus plus efficace à Southampton qu'au Havre.
L'explication est surtout à rechercher dans des systèmes
d'acteurs locaux et des structures partisanes dont les
référentiels et les pratiques se distinguent face aux nouveaux
enjeux économiques.