Après un ensemble consacré aux «Pratiques et croyances» (Eurasie
11), le présent volume, centré sur «Le merveilleux métallurgique»,
constitue le second volet de la série d'études que la collection Eurasie a
rassemblées autour de la Forge et du Forgeron.
Depuis Yu le Grand, l'empereur métallurge que la tradition chinoise
situe aux origines de l'Empire du Milieu, jusqu'à Völundr, le forgeron des
anciens Germains et Scandinaves qu'étudie ici Régis Boyer, de multiples
figures de forgerons mythiques ou légendaires rappellent l'importance
fondatrice du travail du métal dans la symbolique des cultures traditionnelles.
Parmi ces figures, et à côté des dieux forgerons bien connus de
l'antiquité classique (Héphaïstos, Vulcain...), prennent place des personnages
de saints comme Côme et Damien (chez les Slaves orientaux) ou le
Christ lui-même dans plusieurs traditions européennes, cependant
qu'ailleurs la fonction de forgeron mythique est dévolue au Diable.
La foisonnante élaboration imaginaire qui accompagne le travail du
métal ne touche pas seulement les personnages de praticiens mais aussi les
objets qu'ils façonnent. A Rome, les boucliers forgés par Mamurius Veturius
à l'imitation d'un «ancile» tombé du ciel se rattachent à d'anciennes
traditions méditerranéennes où le forgeron jouait le rôle d'un initiateur.
Dans le registre proprement merveilleux, l'ancienneté de ce qu'on peut
appeler le «fantasme de l'automate» est attestée par les trépieds se mouvant
d'eux-mêmes (automatoi) ou les servantes métalliques que décrit
Homère, comme par des guerriers d'acier forgé des épopées ou légendes
caucasiennes. Tandis qu'en Asie du Sud-Est les productions merveilleuses
de la forge donnent naissance, entre autres, à d'étranges «véhicules des
Esprits».
Plus largement, la mythologie de la forge se rattache à celle du Feu,
comme on le voit à travers la thématique des étincelles fécondantes ou
dans les rites de purification et de guérison par le feu en Sicile et en Sardaigne.
Elle est également inséparable des spéculations et des techniques
de l'Alchimie, évoquée en fin de volume par deux études conjointes dont
l'une est consacrée à la Chine, l'autre à la tradition occidentale.