De toute évidence, au-delà des modes et des jeux du marché, Fred Forest
apparaît aujourd'hui avec le recul du temps comme l'un des artistes les plus
importants de son époque. Comme beaucoup de pionniers, il a pâti dans un
premier temps d'une certaine occultation. Occultation d'autant plus grande
qu'il s'est toujours refusé à des compromissions avec les institutions du
système de l'art contemporain officiel. Il n'a eu de cesse, au contraire, de le
critiquer. Le procès qu'il a intenté au Centre Georges Pompidou, jusque
devant le Conseil d'Etat, pour manque de transparence, restera à jamais
comme une pièce d'anthologie.
Fred Forest n'a cessé d'être en avance depuis les années 70, où il s'est
imposé comme le tout premier artiste vidéo en France, jusqu'à nos jours, où il
est désormais reconnu, comme le pionnier incontoumable du Net Art. Sur ce
parcours, sans faute et sans faiblesse, courant sur une trentaine d'années, il
s'est employé à mener des expérimentations continues, explorant les
capacités expressives des nouveaux médias de communication : la vidéo, le
téléphone, la radio, la télévision, le câble, le fax, le minitel, les joumaux à
diodes électroniques etc. Il était prévisible, pour un artiste comme lui, un
artiste des réseaux et du numérique, qu'il se retrouve impliqué, directement,
sur ce nouveau support, à la fois de création, de communication, de
participation et de circulation des oeuvres, que l'on nomme le web ou encore
le cyberespace. Fred Forest est co-fondateur de deux mouvements artistiques
importants, celui de l'art sociologique avec Hervé Fischer et Jean-Paul Thenot
(1974) et celui de l'esthétique de la communication avec Mario Costa
(1983). En sa qualité de Docteur d'Etat Es Lettres et Sciences Humaines de
la Sorbonne et de titulaire de la Chaire des Sciences de l'Information et de la
Communication de l'université de Nice, il a dirigé de nombreux séminaires,
notamment sur la problématique art et technologies de communication, à
Paris I Saint Charles et au MAMAC (Musée d'art Moderne et d'Art
Contemporain de Nice). Durant plus de quinze ans il a été également
professeur titulaire de l'Ecole Supérieure Nationale de Cérgy.