Dessiner dans la marge est d'abord le titre choisi pour une journée
d'études du Centre de recherches en arts de l'Université de Picardie Jules
Verne qui a eu lieu en janvier 2001. Aux interventions de cette journée sont
venues s'adjoindre d'autres contributions pour la présente publication.
Nous avons voulu, par ce thème, redoubler la liberté du dessin par
celle des marges. La marge est en effet, depuis les cahiers d'écolier, l'espace
de liberté réservé au griffonnage, à l'esquisse rapide ou au remplissage quasi
obsessionnel de l'ennui, de la distraction, de l'imagination.
Les images dans les marges témoignent donc du goût pour l'ambiguïté,
pour la simple ornementation, ou pour un art provocant, qui joue,
comme le trait d'esprit, avec les raccourcis et l'économie, ou se déploie au
contraire sur un mode excessif. Dans les marges, un monde à l'envers tourne
en dérision, comme le montre Bakhtine à propos du carnaval, les rigidités et
hiérarchies habituelles, mais aussi leur stabilité iconographique. Les marges
constituent donc, à côté du texte, et en empiétant parfois sur ses frontières,
l'espace du figural, espace à voir et non pas à lire, dont Jean-François Lyotard
a scruté l'épaisseur, la nature d'événement, l'articulation au désir inconscient.