«A l'aube du vingtième siècle, un jeune homme de vingt-six ans révolutionne la
Physique malgré l'opposition de tous les vieux savants.»
Depuis cent ans cette belle légende fait rêver bien des étudiants ravis de voir pour une
fois un jeune l'emporter sur les vieux... Mais ce n'est qu'une image d'Epinal bien éloignée
de la réalité.
Il est vrai que la réalité est proprement incroyable. Il est aujourd'hui de plus en plus
souvent reconnu que Henri Poincaré et Hendrik Antoon Lorentz sont les véritables fondateurs
de la théorie de la Relativité et que l'«article fondateur» d'Albert Einstein, en 1905,
est une compilation de leurs travaux. Mais on s'est longtemps demandé comment tout cela
avait été possible.
Il est probable que, dans une période normale, un tel secret partagé par tant de gens
n'aurait pas tenu bien longtemps. Mais la «Belle Epoque» n'est pas une période normale,
c'est une époque de nationalisme déchaîné dont il nous est difficile de nous faire une idée.
Pour les scientifiques allemands de l'Université de Göttingen il n'était pas pensable de laisser
à un Néerlandais, et surtout à un Français, le bénéfice d'une découverte fondamentale
sur laquelle ils travaillaient depuis des années ! Il fallait absolument que cette découverte
revienne à l'Allemagne.
Einstein n'est pas le vrai coupable, il n'est qu'un rouage dans une machination dont le
principal responsable est le mathématicien David Hilbert qui jalousait Poincaré au-delà de
toute raison et qui a réussi à entraîner dans cette occultation délibérée le physicien Max
Planck et son journal scientifique les Annalen der Physik.
Les savants français ont eu leur part de responsabilité. Peu d'entre eux ont lu et compris
les travaux de Poincaré, aucun ne l'a défendu.
Bien entendu ce bouleversement de l'histoire de la Science est très solidement étayé
comme il se doit. Tous les documents nécessaires ont été soigneusement recherchés et traduits,
et l'on va de surprise en surprise...
«L'authentique historiographie brise sans ménagement les images d'Epinal ; elle remplace
les stéréotypes et les préjugés par des faits réels, extraits patiemment des archives»
(Emmanuel Leroy-Ladurie).
Jules Leveugle a gardé de ses études scientifiques un intérêt constant pour l'histoire des
sciences car «on ne comprend bien que ce dont on connaît l'histoire»... et la méthode
scientifique ne consiste t-elle pas à remettre en question même ce qui paraît bien établi ?