Quand Raphaël veut offrir un échantillon de son génie
à Albrecht Dürer, il n'envoie pas une peinture mais un dessin.
La Renaissance du premier XVIème siècle considère en effet le
dessin - disegno en italien - comme le lieu de la création par
excellence. Est-on sûr d'avoir tout dit sur cette pratique
essentielle ? Cette question est le point de départ d'une
recherche originale sur le rapport du disegno et de la peinture,
rapport complexe voire ambigu, toujours placé sous le signe
de la complémentarité. A travers les registres de l'architecture,
des écrits sur l'art et de la représentation du corps, plus
particulièrement dans les écrits et les images de Léon Battista
Alberti, Giorgio Vasari, Léonard de Vinci et Pontormo, cette
étude met en évidence les différents aspects du disegno aux
XVème et XVIème siècles : instrument pour explorer et s'emparer
du monde chez les architectes et les géographes, mode d'invention
métaphysique pour les écrivains et les philosophes,
moyen de représenter le corps pour les peintres. Entre action
et imagination, entre esquisses, cartons et bozzetti, ce livre fait
le portrait inédit d'une des plus anciennes expériences de l'art
occidental. Un art qui n'est pas un art, que les auteurs de la
Renaissance ont relégué au rang d'étape préparatoire alors
même qu'ils en faisaient une notion cruciale. Un art paradoxal,
dont les artistes ne pourront jamais vraiment se passer.