Pendant longtemps, le langage a été considéré comme ce qui liait l'homme au
monde. Plus tard, est née l'idée que c'est l'homme qui construit la vision du
monde à l'aide du langage, et que c'est en interaction avec l'autre qu'il procède
à cette co-construction. Le schéma sur lequel reposait la communication
humaine restait cependant essentiellement duel.
Certes, les travaux des conversationalistes du langage, ont bien repéré les
possibilités d'indirection de l'acte de langage qui met en scène un troisième
partenaire, souvent non désigné. Certes, des études ont porté sur les situations
trilogiques de la conversation. Mais rarement a été proposé de considérer que
toute la communication sociale se fondait sur un rapport triadique.
Comment deux individus pourraient-ils échanger, comment pourraient-ils se
comprendre si n'existait la médiation de représentations communes ? Quelle
est cette médiation sinon une «instance-tiers» ? Comment un individu ou un
groupe pourrait-il se différencier d'un autre et se construire ainsi une
«conscience de soi», si ce n'est dans un modèle identitaire ternaire ?
La réflexion commune qu'ont élaborée des chercheurs français et mexicains
met en évidence qu'existent divers lieux de problématisation du tiers du
discours. Aussi, trouvera-t-on dans cet ouvrage des contributions plurielles, les
unes centrées sur les dispositifs communicatifs, les autres sur les stratégies
discursives.