Lorsqu'un enfant se précipite pour laver le pare-brise
d'une voiture arrêtée au feu rouge, deux mondes se rencontrent.
Celui d'une société véhiculée, consommatrice qui vit
dans l'urgence de trouver un revenu, un salaire et de le
conserver, et celui des rues dont cet enfant témoigne. L'un
comme l'autre s'ignorent et se fantasment.
Alors que l'enfant des rues tente de comprendre le
monde «inspiré» pour pouvoir s'y infiltrer, grappiller
quelques bénéfices, comment ce même monde peut-il aborder
la rue et les exclusions dont elle est l'image et le royaume
? Par le filtre du pare-brise, ou de son avatar moderne, la
représentation télévisée ? En considérant cette population
comme on le fait romantiquement de populations nomades,
symboles de liberté, mais aussi de souffrances archaïques -et,
par là, presque séduisantes-, de «cri primal» de la société ?
Ou bien, en considérant la rue et ses habitants comme des
excédents banals de production, des emballages qu'on empaquette,
stocke, puis nettoie ou recycle ?
Fruit d'une étude en Amérique latine, d'un séminaire à
Kinshasa et de deux autres à Paris, cet ouvrage rassemble de
nombreuses contributions afin de brosser un tableau aussi
large que possible de ces enfants, de Brazzaville à Chicago,
en passant par Bogotá, la Chine ou Paris.