Il est de ces journées banales, où tout paraît serein. Que
dirait-on de ces après-midi d'automne, où les hommes s'occupent
à leurs travaux de jardinage, sinon qu'ils convient à la paix
et à la quiétude. Quoi de plus rassurant que ce père de famille
qui cultive son jardin, et qui s'occupe à cueillir des noix et
ramasser des feuilles ? Si ce n'est peut-être la façon si méticuleuse
dont il s'en occupe. Car ici, tout est placé. Que rien ne
manque et que rien ne dépasse. Et que tout s'organise... comme
dans un décor figé.
Mais nous ne sommes pas au théâtre. Et dans cette histoire,
les décors sont de chair, et ils vivent. Il y a une mère et deux
enfants. Comment grandir avec un père qui ne jure que par l'ordre ?
Comment coexister avec un homme qui a le souci exclusif de
l'immuable ? Seuls les objets qui durent le contentent. C'est
pourquoi, sans doute, aime-t-il tant le silence. Car les mots sont
si ambigus, et le langage, la proie de tant de controverses. Les
mots disent les sentiments, et parfois l'amour. Et l'amour, à
mille lieues des objets, est si versatile.
Les deux enfants manquent-ils d'amour ? Ils manquent assurément
des mots qui le portent et des paroles qui soulagent les
douleurs et les passions. Car sans les mots, une seule loi : celle
qui fait parler le corps du plus fort, et avec lui, sa terrible
violence et sa démesure.
Le narrateur nous emmène avec lui dans sa maison où les
mots sont exclus. Avec distance, il se fait le témoin d'un huis
clos familial, où se nouent progressivement, avec lenteur, les
ficelles d'une oppression qui va grandissante.