Pendant des dizaines d'années, des milliers d'ouvrages touchant
un large public ont constitué la «littérature coloniale» en un
genre majeur, avec sa rhétorique, ses critiques, ses Prix et ses
Académies, et ses anthologies.
Ce continent littéraire, aujourd'hui continent perdu, mérite
pourtant mieux que le mépris ou l'oubli. On peut juger insupportables
les partis pris idéologiques qui informèrent le regard colonial,
obsolètes ses formes d'expression. Tels, ils ordonnent cependant
des jalons importants dans l'histoire des idées et l'évolution
des sensibilités. L'Anthologie de Roland Lebel forme, à cet égard,
une très utile radiographie de la mentalité française à une certaine
époque face à ses colonies.
C'est tout le mérite de cette réédition du Livre du pays noir que
de nous donner à lire, remis en perspective par un nécessaire
accompagnement critique, un «précis» de cette littérature
coloniale, représentée par Adam, Azal, Baratier Bonardi,
Cousturier, Delafosse, Demaison, Loti, Mille, Psichari, Randau,
Tharaud, Vigné d'Octon et d'autres...