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La poésie de Claude Vigée : danse vers l'abîme et connaissance par joui-dire

Anne Mounic
  • 10/05/2005
  • L'Harmattan
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Couverture de La poésie de Claude Vigée : danse vers l'abîme et connaissance par joui-dire par Anne Mounic

Résumé

Né à Bischwiller en Alsace en 1921 dans une famille juive peu pratiquante, Claude Vigée se trouve, en 1939, avec sa famille, sur le chemin de l'exode avant de rejoindre, à Toulouse, la Résistance. La publication, en octobre 1940, du décret de Vichy statuant sur le sort des Juifs de France provoque chez lui deux réactions: rupture de la confiance dans le pays des Droits de l'Homme et retour au judaïsme. Contraint à l'exil fin 1942, le poète, qui a publié ses premiers poèmes dans Poésie 42, ne cesse en son oeuvre de s'interroger, comme le fit George Steiner dans son essai Dans le château de Barbe-Bleue, sur les fondements, en poésie, en littérature, du triomphe de la mort dans l'Europe et le monde au coeur du vingtième siècle. Installé à Jérusalem en 1960, après un séjour de dix-sept ans aux Etats-Unis, Claude Vigée approfondit sa quête de sagesse par l'étude de la Cabale et le contact direct avec le texte biblique, permis par son apprentissage de l'hébreu. Toute son oeuvre consiste en une interrogation du destin en cette lutte avec l'ange, avec la langue et avec le temps que symbolise le personnage de Jacob, frappé en son corps par la négation. La parole poétique, en son rythme, permet cette «reprise» dont parle Kierkegaard à propos de Job. Elle fonde une intériorité dégagée de la transcendance aliénante du dogme tout en ouvrant le devenir. La poésie est acte de résistance, acte d'humanité, et le rythme, qui n'est pas seulement cadence, mais forme du poème, rythme et forme de vie, forge une vision du monde. La poésie en est jouissance, fondée sur le lien du Même et de l'Autre, «pas seulement du réel par la vue embrassé mais toujours du vécu. Une certaine façon de s'adonner au monde en éprouvant des sensations comme des sentiments», dit Emmanuel Levinas au colloque de Cerisy [Rencontre autour de Claude Vigée, 22-29 août 1988] en ajoutant : «Permanent chez soi.»

Anne Mounic poursuit ici son étude de la poésie, du mythe et du rythme, amorcée par son travail sur Robert Graves, poète anglais confronté à la mort et à la négation dans les tranchées de la première guerre mondiale. La poésie s'avère, en cette confrontation au destin ambivalent, art de la mémoire, le symbole majeur en étant l'arbre, axe du monde du chaman, arbre des sefiroth dans la Cabale, figure du temps cyclique chez Graves, manifestation des profondeurs enfouies chez D.H. Lawrence, véritable figure de la «reprise» chez Katherine Mansfield, «grand arbre érigé dans l'oreille», chez Rilke, traduit par Claude Vigée, qui écrit lui-même: «J'ai été ému par la lutte de ces troncs de saules mutilés, de ces branchages géants mais brisés, leur effort pour survivre, revivre - comme chacun de nous, fût-ce au sein du grand âge, en affrontant le temps qui les mine ou les ronge à même leur racine.»

Ci-dessus: Vitrail de la synagogue de Bischwiller. Photographie Alfred Dott. Couverture: Soleil et envols. Huile sur toile d'Anne Mounic.

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