«Ce jour-là, quand je lui ai expliqué comment traverser le soleil,
elle semblait intéressée. Je lui ai décrit tout ce que j'avais en moi
depuis toujours : la conquête des astres, et l'homme enfin maître de la
matière et de l'univers. J'ai vu à son regard qu'elle était surprise, mais
j'ai pensé qu'elle me comprenait. Quand je me suis retrouvé à l'hôpital
psychiatrique, entouré de tous ces médecins shootés à l'héro, j'ai su
qu'elle n'avait rien compris» dit le fils.
«J'avais risqué, la voix tremblante, la question : "Quand on
qualifie une maladie d'évolutive, cela veut-il dire qu'elle peut évoluer
favorablement ?". Le médecin n'avait pas répondu. Il avait dû me
trouver idiote, pitoyable, stupide. Et je l'étais» raconte la mère.
Une vie heureuse bascule lorsque la maladie frappe, au début de
l'âge adulte, le fils aimé, détruisant les liens les plus essentiels,
renvoyant chacun à sa solitude. Où trouver la force de surmonter la
culpabilité, de faire face aux préjugés, à l'indifférence, à l'intolérance ?
Dans une identité montagnarde, dans des souvenirs cocasses, réels
ou imaginaires d'une enfance pauvre.
Et comme on croit résister au tourbillon de la maladie mentale, n'a-t-on
pas déjà insensiblement perdu pied, depuis longtemps ?