Cette étude s'inscrit dans le champ de recherche ouvert par
Gilles Deleuze, qui envisage la nécessaire confrontation de
l'automate et du cinéma. Pour ce philosophe, en effet, l'essence du
cinéma a pour objectif plus élevé la pensée, rien d'autre que la
pensée et son fonctionnement : autour de la notion d'automate
spirituel les significations s'agglutinent et prolifèrent. Sans
chercher à expliciter, c'est-à-dire à réduire le pouvoir
d'engendrement de cette notion, nous tenterons de l'approcher de
trois manières distinctes. En situant ce problème dans celui de la
représentation, la question que nous entendons poser pourrait
s'énoncer ainsi : comment le cinéma représente-t-il l'automate et
comment, inversement, l'automate peut-il représenter le cinéma ?
Les trois films envisagés constituent autant de discours sur
l'automate : La Règle du Jeu, Le Limier et Pickpocket s'attachent à
représenter des automates singuliers, dont les particularités
réfléchissent en retour les conditions préalables de leur choix. Et
dans la confrontation qu'organise à chaque fois le film,
entre automate et cinéma, la question que posent - et résolvent,
chacun à leur manière - Renoir, Mankiewicz et Bresson, reste celle
des possibilités, des marges et des pouvoirs du cinéma.