Campagnes télévisées, durcissement de la loi pénale, organisation
d'une «enquête nationale»... Les violences conjugales
sont aujourd'hui devenues un objet de l'attention des pouvoirs
publics, dont la volonté paraît clairement affichée de dénoncer et
de sanctionner des agressions dont plus de 10 % des femmes sont
victimes aujourd'hui. Mais à y regarder de plus près, le tableau
se brouille et plusieurs facteurs viennent faire douter des intentions
proclamées. En effet, la professionnalisation et l'individualisation
du traitement social des violences conjugales, ainsi que
l'évolution du droit familial qui valorise l'autonomie des
conjoints et la gestion psycho-sociale des conflits, apparaissent
comme autant d'éléments susceptibles d'entraver la lutte contre
cette forme de violence.
Un tel constat a constitué le point de départ de cette enquête
sociologique qui s'est déroulée au tribunal de grande instance de
Béthune (Pas-de-Calais) et qui s'est intéressée à l'application des
lois sur les violences conjugales. Au terme de l'observation, une
constatation majeure s'impose : la règle qui prévoit de sanctionner
de tels comportements, loin de s'appliquer avec rigueur, a
tendance à s'effacer. Et paradoxalement, le fait que les violences
soient commises par le conjoint ou par le concubin, au lieu d'être
une circonstance aggravante, comme le prévoit pourtant la loi,
devient même une «circonstance atténuante». C'est le résultat
de cette enquête que le présent ouvrage entend présenter, après
avoir, dans une première partie plus théorique, situé les violences
conjugales dans le contexte de l'histoire de la famille et des rapports
de sexes.