Raymond Ruyer (1902-1987) est connu du grand public cultivé
comme l'auteur de la Gnose de Princeton (1974), ouvrage dans
lequel il condense en une vaste synthèse cosmologique un demisiècle
de méditations philosophico-scientifiques originales, tout en
imputant malicieusement la paternité de ses idées à une fabuleuse
école d'éminents savants américains non-conformistes, tous portés
à la spéculation et «en quête d'une religion».
Si le succès notable de cette «plaisanterie sérieuse» au
moment de sa parution rend quelque peu songeur quant aux
véritables ressorts du dynamisme spirituel européen, il ne laisse pas
en même temps de suggérer que la pensée qui s'y exprime
mériterait d'être connue, en sa teneur et provenance effectives,
aussi exactement qu'il est possible.
En manière de contribution à une telle connaissance, on
trouvera dans le présent travail un exposé des principaux moments
de la cosmologie ruyérienne : théorie non matérialiste de la
conscience et de la mémoire, y compris la mémoire organique
(l'adulte n'est pas préformé dans les ADN) ; démonstration de la
nécessité de recourir au principe de finalité pour expliquer la
révolution biologique sans subterfuge ; relecture du problème de
l'origine de la vie à la lumière des thèses fondamentales d'un
panpsychisme renouvelé et accordé aux principales acquisitions de
la science du XXe siècle.