Jusqu'au début de la Seconde Guerre mondiale, les relations
entre musulmans et juifs au Kurdistan ne virent pas d'événement
marquant. Les juifs que nous avons interrogés ont caractérisé
leurs relations avec les Kurdes musulmans comme étant
généralement bonnes. Le statut de ces juifs et leurs relations
avec le voisinage étaient notablement meilleurs dans les villes
d'Akra et de Zakho que dans les autres centres urbains kurdes.
Les juifs de Zakho se rappellent avec une affection émue
que le samedi, alors qu'ils rentraient chez eux, revenant de la
synagogue où ils s'étaient rendus pour le Shabbat, ils devaient
passer devant le café du coin. Les Kurdes musulmans, par
respect pour les juifs, éteignaient alors leurs cigarettes. Ce
souvenir est celui d'une époque révolue du Kurdistan, quand
les relations entre juifs et musulmans étaient bonnes.
L'émergence du mouvement sioniste et du nationalisme arabe
au XXème siècle modifia la position des juifs dans les pays arabes.
Ailleurs, un juif pouvait embrasser ou soutenir le sionisme
sans être vu comme un traître par ses concitoyens. En
Irak, les autorités considéraient le sionisme comme un mouvement
anti-arabe et un juif sioniste était un traître aux yeux
des Arabes nationalistes. Les relations entre les juifs et leurs
voisins musulmans subirent une altération spectaculaire avec
la création de l'Etat d'Israël. (...).