Disciple de Descartes dès sa jeunesse, l'abbé de Saint-Pierre
demeura cartésien toute sa vie, sans toujours contenir le zèle qui
l'entraînait au-delà du raisonnable.
Ayant des vues sur tout, il multiplia les propositions de
réforme dans les domaines les plus variés de la vie sociale et
politique. Ses interventions plus ou moins heureuses constituent
un véritable "corpus utopique" annonçant, avec près d'un demisiècle
d'avance, la philosophie des lumières.
L'histoire a retenu essentiellement sa présence en 1712 au
traité d'Utrecht qui lui inspira un «Projet de paix perpétuelle»
(1713), dans lequel il propose la création d'une Confédération des
Etats Européens.
Le cardinal Dubois avait coutume de dire des idées de l'abbé
qu'elles étaient "les rêves d'un homme de bien". Beaucoup
partageaient cet avis, mais la simplicité un peu naïve de l'abbé,
son acharnement à pousser sa passion réformatrice jusqu'à la
bizarrerie en agaçaient plus d'un. Parmi ses illustres
contemporains, certains l'ont carrément traité de "génie stupide".
Sa vie riche en détails curieux, inattendus, cocasses ou
émouvants montre que l'homme aurait sans doute mérité d'être
jugé de manière plus nuancée. Guidé par les étapes de cette longue
existence à cheval entre les XVIIe et XVIIIe siècles, Dominique
Suriano s'est plu à retracer, d'un ton très personnel, la
chatoyante diversité de cette époque.