Jusqu'à une période récente, les sciences
sociales ont privilégié une approche de l'État
et des administrations par le haut, comme dans
la sociologie des hauts fonctionnaires ou
encore les recherches consacrées à la genèse
et à la mise en oeuvre des réformes des services
publics. Mais quelles sont les pratiques et les
représentations des services publics des agents
et des usagers appartenant aux classes populaires
? Qu'impliquent pour eux les politiques
de «modernisation» mises en oeuvre depuis
les années 1980 ?
Les articles de ce dossier explorent ces
questions à partir d'études empiriques menées
à des échelles différentes et en utilisant
diverses méthodes : enquête socio-historique
sur la mobilité professionnelle d'une génération
de postiers des Trente Glorieuses, traitement
de données statistiques pour questionner
le rôle de promotion sociale de la fonction
publique aujourd'hui, enquêtes de terrain dans
une DDE en proie aux réformes de modernisation
et auprès d'habitants d'un quartier populaire
et des administrations qu'ils fréquentent.
Privilégiant l'étude des trajectoires, des interactions
et des pratiques de membres des
classes populaires, qu'ils soient petits fonctionnaires
ou usagers des services publics, ces
articles contribuent à éclairer de façon complémentaire
le rôle des services publics pour
les classes populaires comme les effets des
réformes contemporaines. Ils montrent que la
fonction publique est une voie privilégiée - bien
que limitée et remise en cause actuellement -
de promotion sociale pour les jeunes diplômés
de milieux populaires, particulièrement pour
les femmes.