Les armées françaises ont connu ces dernières décennies d'importantes
transformations. Le changement de modèle d'armée est ici abordé à
travers l'étude des discours des députés sur les questions de Défense.
Ils révèlent leurs perceptions du passage d'une armée de masse à une
armée de métier. Cette optique permet d'éclairer la difficile et lente
acceptation de la professionnalisation des armées. Celle-ci est
largement perçue comme inévitable du fait de ses liens avec les
mutations des missions et des moyens des armées. La grande majorité
des députés l'admettent à condition qu'elle ne fasse pas de l'institution
militaire une simple organisation et des militaires des salariés «comme
les autres». Ces transformations reviendraient, à les écouter, à une
banalisation de l'État et à une dilution du politique. Leurs réticences à
ce niveau renvoient à la façon dont ils conçoivent leur légitimité et plus
largement à leur attachement à une conception militaire, voire
martiale, de la souveraineté. Elle se traduit par la défense d'une
«citoyenneté militaire» qui se perpétue malgré les mises en cause
pratiques dont le service militaire fait l'objet et malgré sa suspension.
On peut même parler de combinaison entre l'Armée et la «nation».
Cette association fait de l'Armée et de la puissance militaire des
caractéristiques essentielles à la France et à son rang : une «France
armée», figure qui persiste au-delà des mutations des rapports entre
force et politique.