Le coup d'Etat du 12 septembre
1980, qui porta l'armée au pouvoir,
marqua le début d'une répression
brutale contre les mouvements
indépendantistes. Arrêté par la
police turque, il fut torturé jour et
nuit, les yeux bandés, pendant onze jours. Il avait 18 ans, il savait
tout du mouvement organisé par ses frères. Il n'avoua rien.
Envoyé à la tristement célèbre prison N° 5 de Diyarbakir, il
subit encore 15 mois de tortures. La liberté provisoire lui fut
accordée et il reprit ses études de Droit à Ankara. Mais en 1985,
condamné à la prison ferme, il décida de s'enfuir de Turquie et,
muni d'un faux passeport, arriva à Genève.
Les séquelles de la torture le poursuivaient et son état de santé
allait en empirant. Sa forte volonté et son espoir lui ont toutefois
permis de tenir, même si les quelque 24 ans écoulés n'ont pas
effacé les stigmates de la torture, qui reste une souffrance chaque
jour présente.
«J'ai des flash-backs et des blocages qui peuvent survenir
n'importe où, chez moi ou dans la rue. J'entends les voix des
torturés. Je vois devant moi les martyrs de la prison de Diyarbakir.
Je vois leurs têtes coupées. Ils me parlent, m'appellent au secours.
Et moi je parle avec eux, comme si je me trouvais dans la réalité.
Tout cela me fige sur place ; je peux rester plus d'une heure sans
bouger.»