Enjeu de la seconde évangélisation de l'Afrique noire
« Mémoire blessée » et « Église du peuple »
La question de la pertinence et de la crédibilité de l'Évangile en terre africaine est apparue comme la préoccupation majeure des évêques de ce continent lors de leur assemblée synodale de 1994. Cette préoccupation se justifie au regard d'une crise multiforme qui paralyse le développement du continent noir depuis les indépendances. Prenant appui sur le bilan mitigé de la première évangélisation systématique du vieux continent, la présente réflexion qui veut dépasser le stade du constat d'une situation qui n'émeut plus grand monde pour examiner les causes, et tirer quelques conséquences ecclésiologiques. La crise qui mine l'Afrique noire est la résultante de la mémoire des souffrances accumulées de ses peuples depuis l'ère de la traite négrière transatlantique.
Considérer la non prise en compte de la « mémoire blessée » du continent noir comme la principale cause de la faillite de la première évangélisation en terre africaine, cela implique un changement radical qui ne saurait se réduire à un problème de méthode. Fondamentalement, nous pensons qu'il convient de dépasser l'ecclésiologie déductive qui a fortement déterminé cette période du christianisme africain, au profit d'une ecclésiologie inductive sous le modèle d'« Église du peuple ».
Donner au christianisme en terre africaine le visage d'une « Église du peuple » peut mieux rendre pertinent et crédible le message de l'Évangile pour les peuples nègre-africains, à l'ère de la seconde évangélisation. Ceci nécessite qu'évangéliser les peuples africains devienne synonyme de leur annoncer Jésus Christ de manière à le rendre contemporain pour eux. Les éveiller à répondre à l'appel à devenir sujet devant Dieu, à la suite de Jésus, peut restaurer leur substance anthropologique vidée par des siècles de traite négrière, et des décennies de colonisation et de néo-colonialisme.