C'est au cours de quarante-trois premiers rendez-vous, du
19 janvier 1998 au 6 juin 1999, que Katheline et moi avons retravaillé
tous les premiers jets de son journal de prisonnière. C'est au cours de
trente-quatre nouveaux entretiens, du 4 octobre 1999 au 23 février
2001, que j'ai décidé d'accorder à nos rencontres une dimension
supplémentaire, en prenant systématiquement devant elle en note,
l'intégralité de nos échanges dialogiques. J'apportais lors de la séance
suivante, notre «Parole-écriture» dactylographiée, et sa lecture, à
haute voix, chacun dans son propre rôle, servait généralement au
lancement d'un nouveau dialogue, immédiatement pris en note lui
aussi... La somme, en bout à bout, de tous ces «Parlés-écrits», est
devenue ce que plus tard j'ai appelé une «Écriture Biographique
Accompagnée», afin de caractériser ce cheminement à deux, pour la
première fois en 2003.
Je pensais en finir là de tout exercice d'EBA avec Katheline et ai
entrepris de nouvelles «Écritures-parlées» avec et auprès d'autres
personnes, lorsqu'elle est réapparue en prison, pour quelque temps.
L'occasion, à sa demande, de prolonger son EBA, et la possibilité
au cours de dix-huit nouvelles rencontres de «Parole-écriture»,
du 22 janvier au 24 mai 2004, de prolonger une autre
lecture de sa ligne de vie.
En somme, de 1998 à 2004, quatre-vingt-quinze rendez-vous au
service d'une parole qui s'élabore lentement, non pas pour raconter
l'histoire pour l'histoire, mais pour raconter l'histoire, afin de tenter de
la comprendre.
Deux idées fortes gouvernent chaque aventure d'écriture
biographique accompagnée : celle d'abord, de l'exigence éthique
d'une ouverture culturelle prioritaire, au sens large, d'un retour sur soi,
parlé-écrit, inscrivant ou ré-inscrivant une personne dans la
communauté humaine. Celle, aussi, de la prise en compte d'un déficit
de parole et d'écoute de cette parole, en donnant la possibilité à des
histoires de vie et de mort exprimées, de se symboliser par le biais
d'une formalisation écrite.
Après que la justice ait rendu son verdict, laissons désormais, le
lecteur en position de témoin, et de juge aussi peut-être.