La méduse d'Abidjan
C'était il y a si longtemps, cinq ans à peine. Tout Abidjan dansait sur un volcan.
Deux voix se croisent dans ce livre : celle d'une Ivoirienne résolument moderne et fière de ses racines, celle d'un Européen heureux de participer aux avancées technologiques d'un des pays les plus prometteurs d'Afrique. Ni l'une ni l'autre, ne mesuraient l'ampleur du tsunami qui se formait alors dans les profondeurs d'une population abandonnée sans soins, sans écoles, sans ordre. Et surtout sans espoir.
Il a suffi de peu de choses pour que les braseros s'enflamment : la frustration d'une partie de la population, une guerre des chefs, quelques appétits régionaux et enfin le goût prononcé d'un chef d'État pour un populisme dont on a pu ailleurs mesurer les ravages.
Alors le temps s'est suspendu dans la plus effrayante schizophrénie. Le BIMA devait-il, comme l'avaient fait les Portugais, il y a cinq siècles au Royaume du Bénin, servir à contenir les avancées musulmanes au nord ? Et, lorsqu'il refusa le rôle, fallait-il jeter tous les Blancs à la mer pour mieux se replier sur soi ? D'invectives en affrontements fratricides, Abidjan s'éloigne chaque jour un peu plus d'un monde dont, comme une part toujours plus grande de l'Afrique, elle se sent exclue.
Demain, dans quelques mois, la Côte d'Ivoire s'enflammera, pour de vrai. Mais quelle que soit l'ampleur de la tragédie, elle ne fera qu'anticiper les crises qui couvent ailleurs dans notre ex-précarré et qui reviendront très vite nous interroger. A qui le tour ?