Cet essai philosophique de haute volée est une enquête minutieuse sur les origines de l'anti-christianisme de Nietzsche. L'étude de la philosophie hellénique est pour lui décisive : avec la mort des mythes et l'avènement de l'abstraction (chez Socrate), il constate la victoire historique de l'apollinien (le sensé) sur le dyonisien (l'excès). La raison supplantant l'indicible, elle transforme la religion en exercice dogmatique et savant. A la fin de sa vie, sous l'influence des lectures décisives de Schopenhauer et Dostoïevski, ce sont fondements mêmes du christianisme qui lui paraîtront viciés : « Il n'y a eu qu'un seul chrétien, et il est mort sur la Croix ». Il lui semble alors clair que l'enseignement du Christ s'opposait à l'hellénisme par l'absence totale de vues théoriques et raisonnées sur l'Univers et sur Dieu. Si l'on est croyant, le Royaume de Dieu n'est pas « une chose que l'on attend », « il est une expérience du coeur. »