Dans le champ médico-psycho-social et éducatif, les groupes
croissent et se multiplient : groupes de parents, groupes d'ados,
groupes d'enfants, groupes de professionnels, groupes d'usagers,
sans oublier les «groupes de mêmes» (même symptôme, même
handicap, même problématique...).
Il est vrai que le premier groupe auquel le petit humain est
généralement confronté est sa famille. Il y découvre l'amour et
la haine, le conflit oedipien et le voeu de meurtre du père, les joies
et les frustrations de la rivalité fraternelle. De ce groupe il devra sortir
pour en fonder d'autres, sur le schéma culturel de l'exogamie.
Mais qu'est-ce qui pousse donc aujourd'hui les institutions à vouloir
réunir les personnes (usagers ou professionnels) dont elles ont
la charge dans des groupes dits de parole ? Quels sont les buts
conscients et inconscients de ceux qui les proposent ? Si les objectifs
essentiels de ces groupes sont que les participants «parlent»,
il est urgent de repenser le sens donné au mot «parole».
Les professionnels, eux, ont comme outils «l'équipe»,
la «supervision», «les groupes de parole». Mais s'agit-il pour autant
de groupes ? Selon le dispositif, quelle part du sujet est sollicitée ?
Quelle attente d'affiliation des individus au groupe est imaginée ?
Quel projet de cohérence institutionnelle est souligné ?
Dans cet ouvrage, nous interrogeons avec ceux qui ont
la responsabilité de ces groupes - qu'ils en soient les promoteurs,
les animateurs, les thérapeutes - la différence entre groupe et
collectif, entre groupe et bande, entre parole et parlotte, entre
conscient et inconscient. Nous réfléchissons à la spécificité du travail
«en groupe» et à ses objectifs en tenant compte du contexte culturel
et institutionnel dans lequel il se développe. Nous questionnons
l'idéologie de la fonction groupe, débattons des pratiques multiples
et identifions les démarches indispensables qui, plutôt que de faire
disparaître la personne, auraient la chance de la faire exister.