L'ouvrage occupe une place originale dans la littérature sur le
vieillissement, en raison de son approche «longitudinale» plurielle
et comparatiste, en amont de la «dernière étape de la vie»
qu'est la vieillesse. Sur un sujet devenu d'actualité, il s'inscrit dans
la logique audacieuse engagée par A.M. Guillemard dès les années
1970, lorsqu'elle montrait les liens entre le passé de travail et les
comportements en situation de retraite. Sa deuxième audace
consiste à montrer que, derrière un langage d'opposition,
employeurs et représentants des travailleurs ont concouru à une
même logique de stigmatisation des salariés vieillissants.
Loin d'enfermer les «salariés vieillissants» ou les «retraités» dans
une catégorie homogène et statique, l'ouvrage recourt à l'observation
de situations étrangères pour alimenter un regard sur la France.
C'est parce que les parcours de vie diffèrent que les comportements
sont pluriels. Ils le sont sur le critère de l'âge, du genre, et évidemment
des multiples aspects socioculturels et professionnels qui les
façonnent. Trop âgés pour travailler et trop jeunes pour percevoir
une pension, des travailleurs vieillissants développent de multiples
stratégies (débrouillardise individuelle, clubs de chercheurs
d'emploi, groupes de pression, syndicalisme...) pour agir sur leur
environnement, être acteurs de leur propre vie, mais aussi de la
société. L'ouvrage n'oppose pas l'individuel et le collectif, ou
encore le politique et les systèmes organisationnels, aux pratiques
sociales. Il interroge l'action respective et indissociable des politiques
publiques, des entreprises et des mouvements sociaux, voire
sociétaux, dans la construction sociale des parcours de vie, et ouvre
une réflexion sur l'économie sociale et solidaire.