Le personnage clé de ce roman est un psychanalyste de province,
totalement fictif, portant l'énigmatique nom d'Euphrase. Chaque
chapitre, que l'auteur appelle un épisode pour insister sur le caractère
momentané et partiel de son contenu, est le récit d'une séance avec
une personne différente. Euphrase demande à ses patients de «dire
tout haut ce qu'ils pensent tout bas». Le roman nous apprend ce qu'un
analyste, lui, pense tout bas, sans jamais le dire ! Le roman dévoile
aux lecteurs les associations d'idées qui défilent dans l'esprit d'un psy
au travail : ce qu'il entend évoque des souvenirs, de vieilles situations
de sa propre histoire, ou le renvoie à sa réalité quotidienne.
Il ne se tait pas toujours. Il «intervient» dans le discours de l'analysant
sur un mode le plus souvent léger, comique, risquant un calembour
facile ou aidant son patient à glisser subrepticement d'une pensée à
une autre, à rebondir sur un mot. Jamais - l'inverse serait une hérésie
sur le plan théorique - une séance racontée ne se termine par
une «guérison» ou une interprétation décisive, mais toutes témoignent
de l'attention et du respect qu'Euphrase éprouve pour la souffrance
particulière de chacun. Sans rien expliquer, ce petit livre donne à
penser à cet étrange métier dont Euphrase est un humble représentant.