«Quoi ? Cette face de rat qui avale sa langue à chaque phrase ?
Moi vivante, jamais !» s'écrie Marie Bell quand Michel Vocoret lui
propose de monter un spectacle de Fernand Raynaud. Le lendemain,
la tragédienne reçoit le comique et s'exclame : «Dans mes
bras, le génie de mon coeur !» Vocoret a dit à Fernand qu'elle
le trouvait formidable et celui-ci, bouleversé, lui a envoyé une
boutique de fleurs... Ainsi naît le premier one man show en
France : un succès triomphal.
Des péripéties de ce genre, il y en a eu bien d'autres dans la vie
de l'artiste. L'auteur de ce livre les raconte avec truculence, car il
les a vécues avec lui, au fil d'une longue amitié. Mais il s'applique
aussi à montrer le vrai visage d'un «amuseur public» trop souvent
confondu avec ses personnages, qui ne comprenait pas qu'on lui tape
sur l'épaule en s'esclaffant «Sacré Fernand !» quand on le croisait
dans la rue : un fin psychologue qui savait mettre une fausse
naïveté au service de sketches surréalistes ; un homme, enfin, très
loin de la légende noire que certains lui ont forgée.
Fernand Raynaud aurait quatre-vingts ans aujourd'hui.
Après trente-trois années de deuil, son ami
Vocoret, qui reste hanté par le mystère
de sa mort, se souvient...