«Je sais trop bien pourquoi je t'écris cette lettre, maman. Chaque mot
qu'elle m'arrache me saigne et m'allège tour à tour. Je romps le
sortilège, je déjoue la logique implacable d'être ton fils, d'être le fils de
vos illusions perdues, d'une France tiède de vos ambitions réchauffées.
C'est une lettre de rupture.
«Bientôt, je serai le fils de l'aube, le fils du lendemain de vos malédictions.
Je déserte. Je sors de la trajectoire. Je tourne le dos aux vieilles
lunes. Le combat de la France n'est plus le mien. Le patriotisme n'est
plus, il est mort avec le devoir paternel.»
Laurent Rochut (trente-huit ans) était «Gavroche» à L'Idiot international
en 1990 avant d'être enseignant, auteur de théâtre, comédien,
fondateur d'une troupe de Commedia dell'arte. Il est aujourd'hui
directeur de publication du mensuel Côté Mômes. Le voici qui se révèle
écrivain de haut style, dont le panache, et la mélancolie voilée de rire,
ne sont pas sans rappeler l'école buissonnière des Hussards, à moins
qu'on ne pense d'abord à la «Confession d'un enfant du... XXIe siècle».