Il venait d'avoir vingt-deux ans, elle en avait près de trente-quatre, et
ils étaient amants. Il était étudiant sans le sou, et elle, universitaire. Il
était beau et insaisissable, elle ne manquait pas de charme, mais plutôt
de personnalité. Il avait déjà eu pas mal de maîtresses, elle quelques
amants. Il pouvait se montrer distant avec elle, même après l'étreinte,
elle lui vouait un amour sans limites. Et puis un jour, il lui dit : «C'est
fini», pour ne jamais revenir. Il la laissa seule avec des souvenirs qu'elle
se mit à ressasser jusqu'à la nausée, jusqu'au vertige, jusqu'au silence.
D'une histoire apparemment banale à pleurer, Lydia Davis fait un
chant d'amour. Elle analyse avec une exigence exemplaire et une
sensibilité à fleur de peau les raisons d'une séparation. Deux questions
reviennent comme un leitmotiv : Que sait-on de l'autre ? Que sait-on
de soi ? Ses mots sont simples mais tranchants, et son regard se révèle
d'une exceptionnelle acuité.