Depuis les attentats du 11 septembre
et la montée en puissance des forces
du radicalisme religieux, le débat sur
la contestation des Lumières a repris de
la vigueur. Pour les uns, cet événement
vécu comme une rupture a montré que
la civilisation issue du rationalisme
des XVIIe et XVIIIe siècles constituait
un patrimoine à défendre,
au besoin par les armes.
Pour les autres, la décomposition
d'un monde dominé par la technique
sonne définitivement le glas
d'une époque marquée par la confiance
dans le progrès et l'irruption sur
la scène internationale de peuples
qui ne doivent que peu à l'esprit
des Lumières européennes.
La question se pose sur un mode de plus
en plus pressant de savoir si l'on peut
sacrifier au nom du pluralisme des valeurs
les principaux acquis des Lumières :
l'unité du genre humain et l'autonomie
des individus qui le composent.
Considérer l'esprit des Lumières comme
une histoire des vainqueurs serait
donc gravement méconnaître qu'elles font
l'objet d'une contestation permanente
et de tous bords et qu'elles suscitèrent
dès leur surgissement les mises
en causes les plus radicales.
Cet esprit est-il pour autant perdu ?
A-t-il fini par succomber aux coups de
ses détracteurs ? C'est à travailler sur
cette interrogation, dans toute l'étendue
de sa complexité, que furent conviés
les participants au dix-huitième forum
Le Monde/Le Mans.