Ce livre fait le pari d'éclairer les processus d'engagement par une sociologie des
collectifs qui les portent. Il s'agit moins de se demander pourquoi les individus militent et
par quelles causes ils sont attirés que d'analyser comment les organisations et les collectifs
font pour conserver leurs militants : comment ils organisent le militantisme au quotidien,
comment ils sélectionnent leurs militants, comment ils évaluent les compétences des
militants, etc.
Ces questions sont étudiées sur des terrains et dans des contextes variés : mouvement
social des «sans», syndicat, associations de locataires, de logiciels libres et groupes
religieux.
Se demander comment les individus qui s'engagent sont tenus, voire retenus par leurs
collectifs, conduit à enrichir et renouveler les explications de l'engagement bénévole et
militant, qui mettent souvent l'accent sur les parcours biographiques, les raisons
individuelles, ou la force d'attractivité de la cause. Les enquêtes proposées mettent en
évidence le rôle spécifique et déterminant des organisations dans l'encadrement de leurs
militants et plus largement dans l'apprentissage de l'engagement. Elles éclairent les
conditions organisationnelles, les interactions sociales et symboliques rendant possibles
les implications militantes et expliquant leur inscription dans la durée. Le militantisme est
ainsi appréhendé comme le fruit d'un ordre régulé et souvent fragile, que les
organisations et les collectifs s'emploient à entretenir.