Dès les années 1920, et plus nettement encore au cours des décennies suivantes, le cinéma américain
fut déclaré «classique» en dépit de son évidente modernité. Ses défenseurs affirmaient ainsi leur confiance
dans un art populaire et neuf, que ses liens avec l'industrie avaient très tôt rendu suspect aux gardiens de
la tradition. Cette première phase de légitimation passée, ce fut ailleurs qu'on chercha la qualité classique
d'Hollywood : dans la conformité à des normes stylistiques et narratives, dans la structure économique des
studios de l'âge d'or, dans leur puissance d'innovation esthétique et technologique.
À se déplacer ainsi, de génération en génération, la notion de «classicisme hollywoodien» devenait
source de malentendus. Ce cinéma, d'abord destiné à des millions de spectateurs avides de divertissement,
avait-il vraiment été classique, au sens que l'histoire du goût donne à ce mot ? Des films soumis à de stricts
impératifs économiques, moraux et idéologiques peuvent-ils devenir des modèles pour penser l'homme et le
monde ? Faut-il entendre désormais que Ford et Hawks sont classiques à l'égal de Racine ou Poussin ?
À partir de ces interrogations, un séminaire puis un colloque organisés à l'École normale supérieure
en 2007 ont réuni des chercheurs de toutes disciplines, invités à revisiter les grandes problématiques qui
structurent la période classique d'Hollywood : acteurs et stars, genres, auteurs, fiction, transferts culturels,
histoire et idéologie, évolution du studio system, analyse du style classique et de son héritage. Sur toutes
ces questions, ce recueil ne se veut pas un bilan, mais l'occasion d'ouvrir de nouvelles perspectives à la
recherche en études cinématographiques, et d'affirmer l'importance historique et symbolique de l'âge
d'or hollywoodien dans l'histoire de l'art, de la culture et des idées.