Faut-il reprendre à son compte des catégories d'État sans en interroger
la genèse et la construction, sans dépasser le langage impersonnel et
neutralisant du droit, sans en analyser l'efficience et les effets ? Faut-il
admettre que les «récidivistes» désignent historiquement un même groupe
homogène et véhiculent les mêmes impensés, les mêmes peurs, les mêmes
fantasmes depuis plus de deux siècles ? Ou faut-il poser comme point de départ
à toute tentative de compréhension des objets «récidive» et «récidivistes»
que ce sont des catégories juridiques historiquement situées, des construits
politiques qui se sont imposés par la force du droit et qui ont perduré au prix
de changements de sens masqués par l'apparente neutralité de la qualification
juridique. Tentant d'ouvrir cette seconde voie, cet ouvrage se propose de redonner
aux «récidivistes» une dimension historique, d'analyser la consolidation de cette
catégorie au XIXe siècle et les raisons et les effets de sa permanence, dont on
mesure aujourd'hui encore toute l'actualité. Fruit d'une rencontre de chercheurs
issus de différentes disciplines (Histoire, Socio-histoire, Droit, Histoire du
droit, Sociologie), Les récidivistes essaie d'éclairer la question en multipliant et
confrontant les points de regard dans la perspective d'embrasser le plus largement
un objet tout à la fois juridique, historique, politique et sociologique. C'est au prix
(de la poursuite) d'une telle discussion interdisciplinaire que les enjeux liés à la
récidive peuvent être mis à jour et par la suite analysés et éclairés.