Cet ouvrage rassemble des travaux de sciences sociales (géographie, histoire,
sociologie, anthropologie, sciences de l'éducation, urbanisme) partageant l'ambition
d'étudier la dimension spatiale d'un monde social traversé par les inégalités. Pour ce
faire, les relations entre les espaces matériels, leurs usages et leurs significations,
sont comprises à la fois comme des contraintes et des ressources héritées, et
comme des enjeux sociaux.
Chaque société doit faire avec les espaces produits et légués par les générations
antérieures, autour de quelques grandes stratégies d'appropriation, telles que la
conservation, l'effacement, la transformation ou le détournement. Ce bricolage
est un observatoire de choix pour les sciences sociales, parce que ce ne sont
jamais des «sociétés» ni des «générations» en tant que telles qui s'approprient
l'espace : à l'historicisation doit s'ajouter une sociologisation qui explore non
seulement les différences mais aussi les inégalités sociales, les concurrences, les
conflits. Ces rapports de pouvoir concernent aussi les processus de dénomination
et de (dé)valorisation de l'espace. Cela suppose donc d'interroger les «luttes de
classement» selon toutes leurs facettes (économiques, juridiques, politiques,
linguistiques...), en faisant l'hypothèse qu'intégrer leur dimension spatiale enrichit
notre connaissance.
Les seize contributions constitutives de cet ouvrage nous permettent de mieux
comprendre comment l'appropriation, la catégorisation et la valorisation différentielle
des espaces jouent un rôle dans la production des inégalités.