Entreprise radicalement neuve au moment de
sa rédaction et de sa publication, les Confessions
bouleversent l'art de l'autoportrait. Il ne s'agit plus
de dénombrer des vertus et des vices mais de «tout
dire» : «je veux montrer à mes semblables un homme
dans toute la vérité de la nature ; et cet homme ce
sera moi». L'oeuvre comprend ainsi de nombreux
«aveux» de fautes considérées jusqu'alors comme
futiles, honteuses, ridicules et devant être tues. C'est
qu'il s'agit, pour Jean-Jacques, de comprendre et
faire comprendre la genèse d'un individu saisi dans
sa singularité irréductible : «Si je ne vaux pas mieux,
au moins je suis autre.» Avec les six premiers livres
des Confessions, Rousseau développe une analyse
généalogique des structures de sa personnalité («Je
m'applique à bien développer partout les premières
causes pour faire sentir l'enchaînement des effets»)
inscrivant pour la première fois, dans la genèse de
l'individu, l'expérience de l'irréversible.
Rédigées par une douzaine de spécialistes
de Rousseau (universitaires confirmés ou jeunes
chercheurs) les études présentées ici se proposent
d'aborder les six premiers livres des Confessions
sous des angles variés et novateurs, mais pensés
pour être utiles aux candidats à l'agrégation. Ont
été privilégiées à la fois des approches synthétiques
faisant le point sur des questions centrales de l'oeuvre
et des approches inédites. On découvrira ainsi des
contributions réinterrogeant la genèse et le projet de
l'autobiographie, examinant l'origine et le résultat de
cette «entreprise qui n'eut jamais d'exemple et qui
n'aura point d'imitateur», et analysant la tension entre
l'irréductible singularité et l'inévitable sociabilité, des
enquêtes sur la question des moeurs, sur la voix et les
voix dans les six premiers livres, ou encore sur les effets
du portrait de soi tant sur l'auteur lui-même que sur le
siècle suivant.