Le Sens du passé
Pour une nouvelle approche des Mémoires
Les plus grands mémorialistes ont été depuis longtemps l'objet
de monographies attentives, parfois tentées de les envisager dans
la singularité d'une poétique individuelle ou d'une « optique » les
transformant en isolats littéraires. L'unité éventuelle du corpus
des mémorialistes d'Ancien Régime a été, pour sa part, progressivement
interrogée depuis les années 1980, et des approches
plus récentes se sont penchées sur le devenir des Mémoires
aux XIXe et XXe siècles. L'idée de Mémoires est donc bien établie
dans notre imaginaire culturel, sur une longue durée qui court
depuis les « commencements » forcément difficiles à penser de
l'époque de Commynes jusqu'aux relectures postmodernes ou
expérimentales de notre présent, en passant par ces oeuvres de
référence pour le grand massif des Mémoires que sont Monluc,
Retz, Saint-Simon, Chateaubriand ou de Gaulle et, si l'on accepte
de remettre en question des oppositions sans doute artificielles,
Rousseau. Deux questions cependant semblaient rester en attente
que cet ouvrage, sans forcément vouloir y répondre de manière
tranchée, a choisi de mettre en lumière. Y a-t-il une continuité
historique effective et une unité pensable de ce que nous appelons
Mémoires, qui pourrait se cristalliser dans la notion de
« genre » ? Peut-on dégager un cadre théorique pour penser ce
corpus multiforme et presque insaisissable, et, en particulier,
envisager dans une perspective théorique ses relations à la fois
fascinantes et problématiques avec la littérature, la fiction ou
l'histoire ?