La péninsule Ibérique et le monde
1470-160
En entrant dans les temps modernes, pendant
presque deux siècles, les Ibériques tiennent le premier
rôle dans le désenclavement du monde à échelle
planétaire. C'est un tournant majeur de l'histoire
mondiale car cela conduit à une redéfinition profonde
de tous les enjeux stratégiques. Les dynamiques
ibériques, appuyées sur d'autres apports européens
au sein de modalités impérialistes divergentes,
avant d'opérer un rapprochement partiel, entrent en
interaction avec des aires politiques et culturelles très
diversifiées. Un élan nourri de soif d'enrichissement, de
providentialisme religieux, de curiosité intellectuelle
et d'esprit d'aventure établit de nombreux réseaux
relationnels entre les quatre parties du monde de
manière inédite ou très renouvelée. L'apport majeur en
est la création d'un Nouveau Monde en Amérique, fruit
d'un impérialisme de l'exploitation de la main d'oeuvre
amérindienne et africaine au sein d'un encadrement
politique, religieux et culturel prégnant, aboutissant
à la création d'une société entièrement nouvelle dans
sa hiérarchie, ses blocages et ses mobilités. Cette
connexion entre les Anciens Abondes et ce Nouveau
Monde engendre une première forme historique
de mondialisation concrétisée par des circulations
planétaires concernant aussi bien les hommes et les
produits que les idées et les goûts artistiques, portées
par des réseaux de nature variée. Il en résulte des
phénomènes de brassage et de métissage d'intensité
variable selon les lieux, toujours inscrits dans un rapport
de force plus ou moins favorables aux Ibériques. La
mise en relation varie donc de la domination brutale
et de la subjugation à l'opportunisme et au rejet. Les
décalages et les limites observables dans ces procès
de raccordement orientent plus vers une histoire
connectée que vers le concept de globalisation.
L'initiative ibérique s'inscrivant comme avant-garde
d'une occidentalisation, reste à comprendre pourquoi
ce sont les Européens qui se projettent hors de leur aire
culturelle dans cette proto-mondialisation et non pas
leurs possibles compétiteurs.