Valoriser, apprécier, aimer, se passionner pour
une culture autre, au-delà des calculs, des
stratégies et du jeu : voilà la sensibilité que
cet essai d'anthropologie s'attache à explorer
et nomme ethnophilie, signifiant qui désigne
également des actions, des comportements,
ainsi qu'une pensée qui organise, essentialise
et définit, avant de s'éprendre, et parfois
s'approprier, tout ou partie d'identités
ethniques de tiers. Cet ouvrage propose à cet
égard une typologie heuristique (ethnophilies
mimétique, xénologique, structurelle,
stratégique et d'héritage) et une analyse de
l'anthropologie «sauvage» bricolée par les
ethnophiles.
La partie ethnographique de l'ouvrage use de
la passion comme méthode de démonstration
tout en délaissant les formes d'ethnophilie de
basse intensité. Reléguant le binaire Orient/Occident
au second plan, elle se présente
comme un «tour du monde» ethnographique :
un entrepreneur mexicain «fou d'amour pour
le Moyen-Orient», un professeur thaï épris de
culture savante espagnole, un libraire haïtien
passionné par le Brésil et un jeune Argentin
par le Japon, Mircea Eliade à Calcutta, les
Jésuites de la théologie de l'Inculturation en
Amazonie, des collections d'art, la passion
quasi universelle pour le Brésil, outre
quelques projets de préservation culturelle.
Pillant concepts, anecdotes et récits de vie
dans la littérature, la philosophie et l'histoire,
petite et grande, en abandonnant approches
utilitaristes et fonctionnalistes, trop souvent
promptes à débusquer le «pouvoir» et
l'instrumental dans le rapport à l'altérité, y
compris dans sa valorisation, cet essai met
en dialogue anthropologues et philosophes,
notamment Claude Lévi-Strauss, Viveiros
de Castro, Marshall Sahlins, Simone Weil,
Emmanuel Lévinas et Gilles Deleuze. Il s'agit
en outre d'une proposition de discussion entre
trois grandes traditions anthropologiques -
brésilienne, américaine, et française.