Abandon d'enfants et parents abandonneurs, XIX-XXIe siècles
Ce numéro est consacré à l'abandon d'enfants du XIXe siècle
à nos jours. Sans exclure du champ d'investigation ni le
sort des enfants abandonnés ni les structures qui les
prennent en charge, il s'intéresse en particulier aux
parents qui abandonnent. Fille-mère d'hier ou mère
adolescente d'aujourd'hui, la mère célibataire y tient
une place importante, tant elle apparaît comme la figure
emblématique de l'abandonneuse. Néanmoins, derrière
l'apparente permanence des deux grands ressorts du
délaissement d'enfants - pauvreté d'une part, dissimulation
des naissances hors-mariage et stigmatisation de cette
maternité solitaire qui inquiète et qui choque d'autre part -,
il convient de scruter également les variations, selon les
lieux et les époques, des itinéraires sociaux qui conduisent
à la séparation. Il s'agit aussi de souligner dans l'histoire
de l'abandon le poids de l'événement, guerre ou crise
économique notamment. Quant à l'effacement des familles
d'origine après que l'abandon a eu lieu, il apparaît qu'il n'est
ni systématique ni irréversible. Qu'ils soient empêchés par
la misère ou la réprobation morale, certains parents se
refusent en effet à disparaître définitivement, et tentent de
négocier avec les structures d'accueil ou de contourner
leurs règles afin de maintenir un lien que l'abandon est
censé avoir dissout. D'autres essaient, lorsque leur situation
s'est rétablie ou normalisée, d'obtenir la restitution de leur
enfant. Tous doivent faire face aux réticences d'institutions
profondément attachées à leurs principes éducatifs et
convaincues de faire mieux pour leurs jeunes protégés que
des parents considérés bien souvent comme incapables ou
indignes.