En 1650, Paris compte 40 000 mendiants sur une population de 300 à 400 000
habitants. Après la création de maladeries, de magasins charitables pour la
distribution de vêtements ou de nourriture, d'établissements spécialisés dans
l'accueil des pauvres, l'autorité songe à constituer un Hôpital général, une
institution qui se chargerait d'accueillir, d'isoler et de contrôler ces encombrants
nécessiteux.
La Salpêtrière est née de cette volonté : accueillir les marginaux de la capitale et
des villes de ses faubourgs pour assainir les rues, devenues le rendez-vous
permanent des vagabonds, quêteux et filles de "mauvaise vie". On y dirige la
population féminine : infirmes, pauvres, mendiantes, vagabondes, voleuses,
empoisonneuses, criminelles, "sorcières", protestantes, blasphématrices, folles,
débauchées et prostituées. Les unes sont enfermées sur décision de justice dans la
prison de l'établissement, la Force. Les autres occupent des dortoirs exigus et
survivent dans des conditions très difficiles.
De 1656, année de sa création, à 1791, année de la démission de la direction
générale, plus de 400 000 femmes passent le porche de la Salpêtrière.
Comment l'institution a-t-elle géré cette éclectique population ? Comment un
tel établissement, dont le règlement est basé sur le travail, l'apprentissage
religieux et la répression, a-t-il été perçu par ses contemporains ? Comment la
Salpêtrière s'est-elle spécialisée dans le traitement de la folie et comment est-elle
devenue une maison qui soigne, aujourd'hui l'un des plus célèbres et
performants centres spécialisés dans le traitement neurologique ?