Ubu, à l'origine un gag de potache inventé par des collégiens à la fin du
XIXe siècle, devient sous l'écriture d'Alfred Jarry, le monstrueux
personnage, symbole du dictateur cruel et vulgaire et de la bêtise
humaine qui fascinera de nombreux artistes.
Miró a voué un culte à Jarry, pour son génie verbal et son humour
subversif, particulièrement d'actualité sous l'Espagne franquiste.
Illustrateur et ami des poètes de son temps, poète lui-même, Miró, en
1966, compose treize lithographies en pleines pages, aux couleurs
sonores afin d'accompagner le texte fameux d'Ubu roi que Tériade édite
magnifiquement. Six ans plus tard, en 1972, il en invente une suite
personnelle. Chassé de Pologne, le tyran burlesque arrive sur l'île de
Majorque, territoire du peintre, et c'est Ubu aux Baléares Vingt-cinq
lithographies développent, sur un format élargi, leurs fantaisies
pittoresques. À mesure qu'il avance en âge, Miró rejoint la magie de
l'enfance. Il conçoit L'enfance d'Ubu en 1975, nourri de l'imagination,
de la truculence et du fantastique que Jarry a incité.
Miró ne se limite pas aux livres et sculpte le Père Ubu et la Mère Ubu.
Enfin, il peint les marionnettes géantes et le décor de la pièce Mari et
Merma, alter ego d'Ubu, inventée par le théâtre catalan de la (...) et
filmée par Català-Roca.